d’une poignée de terre, in a handful of soil

Adélard, du 17 mai au 9 novembre 2025


Artistes : Amélie Bélanger, naakita f.k., Frédéric Lavoie, Anne-Marie Proulx, Eve Tagny

Adélard

Revue de presse

« Dimanche matin dans un cimetière de Frelighsburg », par Stéphanie Bérubé, La Presse

« L’art visuel entre rituels et jardins funéraires », par Jérôme Delgado, Le Devoir

d’une poignée de terre
un dernier au revoir

in a handful of soil
more living organisms
than human beings on earth

 

Au creux de cinq cimetières-jardins bordant le village de Frelighsburg se dessinent des entre-mondes où la vie se noue à la mort dans un même terreau. Les racines des végétaux y croisent des présences humaines, animales, minérales. Le sol porte les traces de celleux qui ont travaillé la terre ; des corps enterrés là même où elle était cultivée.

On y porte, y met en terre. On y veille, s’y recueille. On oublie.

Quelque part entre jardins et cimetières, chacun situé à l’orée d’un champ, les lieux funéraires deviennent des espaces d’apaisement des mémoires, de contemplation de la nature et de continuité avec le vivant. Parcourant ces sites de sépulture, les œuvres réunies à l’occasion de l’exposition d’une poignée de terre, in a handful of soil les activent en tant qu’espaces animés. Les artistes invité·es y déposent des gestes, des fragments, des histoires et des espoirs, révélant le cimetière non pas comme fin, mais comme seuil.

Chacune des œuvres dialogue avec les spécificités du site qu’elle habite, révélant ce que ces lieux silencieux contiennent de récits, de liens invisibles et de possibles réparations. Les cimetières deviennent des foyers d’écoute et de résonance, des jardins de mémoire où se croisent les temporalités et les espèces. Certains gestes commémoratifs initiés par les artistes prennent la forme d’une invitation à réfléchir notre propre rôle dans les récits collectifs, et la manière dont la terre porte les marques de ce que l’on choisit de taire ou de transmettre.

Il est question de biodiversité dans les lieux de mort et de deuil écologique ; d’accompagner les espèces pendant leur déclin, d’honorer les paysages appelés à disparaître. De cueillette de fruits sauvages, d’apprentissages transmis entre les cultures et les générations. De rendre visible ce que les paysages tendent à occulter. De corps déplacés, effacés, d’histoires marginalisées, de présences oubliées. De donner voix aux fantômes, de les écouter. De puiser dans la force élémentaire du feu pour penser la fin et ce qui pourrait lui survivre.

Dans un monde en bascule, les cimetières deviennent un endroit d’où veiller non pas seulement les morts, mais aussi les vivants.

À travers ces installations extérieures, les artistes tissent des liens sensibles entre passé, présent et futurs possibles. Leurs œuvres offrent une réflexion sur l’altération de la mémoire collective et la résilience écologique. Elles interrogent le sentiment de perte face à un environnement naturel en mutation, mais aussi face au recul des rituels et des pratiques de commémoration dans nos sociétés contemporaines.

En déployant leurs œuvres dans ces lieux détenant une haute charge symbolique, les artistes rappellent que dans une poignée de terre peuvent cohabiter la mort, le deuil, la révolte, l’espoir et la persistance du vivant.

d’une poignée de terre
un dernier au revoir


in a handful of soil
more living organisms
than human beings on earth


In the vales of five garden cemeteries near the village of Frelighsburg are liminal worlds where life and death are knotted together in the same soil, where plant roots mingle with human, animal, and mineral presences. The earth bears the traces of those who have worked the land: bodies buried in the very places that had been cultivated.


In this soil, we plant and we bury. We care for and we mourn. We forget.


Somewhere between garden and graveyard, each situated at the edge of a field, the funerary sites become spaces for making peace with memories, for contemplating nature and the continuity of life. Scattered throughout these burial grounds, the works brought together for the exhibition d’une poignée de terre, in a handful of soil bring new life: the artists set out gestures, fragments, stories, and hopes, revealing the cemetery not as an ending but as a threshold.


Each work is in dialogue with the site it inhabits, unveiling the stories, invisible links, and possible reparations that these silent places encompass. The cemeteries become places that welcome listening and resonance, gardens of memory in which temporalities and species intersect. Some of the artists’ commemorative gestures take the form of an invitation to reflect on our own role in collective narratives and on how the earth bears the marks of what we choose to suppress or transmit.


The question of biodiversity rises in places of death and ecological grief: accompanying species during their decline, honouring landscapes likely to disappear. Gathering wild berries, learning lessons transmitted from culture to culture and generation to generation. Making visible what landscapes tend to hide – displaced, erased bodies, marginalized stories, forgotten presences. Giving voice to ghosts and listening to what they say. Drawing on the elemental force of fire to envisage the end and what might survive it.


In a world in upheaval, cemeteries become a place where we watch over not only the dead but also the living.


Through these outdoor installations, the artists weave sensory, sensitive links among possible pasts, presents, and futures, offering reflections on alteration of the collective memory and on ecological resilience. They probe the sense of loss related to a natural environment in the midst of change, and also to the waning of commemorative rituals and practices in contemporary societies.


By setting their works in these highly symbolic places, the artists remind us that in a handful of soil, death, grief, revolt, hope, and the persistence of the living may cohabit.


Images : Vues de l’exposition d’une poignée de terre, in a handful of soil, Adélard, cimetières-jardins de Frelighsburg / Exhibition view d’une poignée de terre, in a handful of soil, Adélard, Frelighsburg’s garden cemeteries, 2025. Photos : Éliane Excoffier

Design graphique de Dominique Rivard / Graphic design by Dominique Rivard