ce jardin qui m’habite

Centre d’art Rozynski, du 20 juin au 2 juillet 2025


Artistes : Maude Arès, Richard Ibghy & Marilou Lemmens, Julie Lavoie, Annie France Leclerc, Clara Lou Micheau, Amélie Proulx

Centre d’art Rozynski

Il y a des jardins qui débordent. Des jardins sans clôture ni cadre ; qui sortent du rang, se répandent, s’enchevêtrent. Qui forment des lieux de passage et d’enracinement où se croisent les trajectoires de plantes, d’animaux, de pierres et d’humain·es.

Derrière le Centre d’art Rozynski, la terre porte encore la mémoire de Wanda Rozynska, fondatrice de l’école de poterie qui a longtemps animé ces lieux de foisonnement. Chaque été, elle accueillait des cohortes d’étudiant·es venu·es y apprendre les arts céramiques. Elle leur enseignait dans une approche holistique alliant la création à l’entretien du potager, aux marches dans le sentier longeant la rivière, aux séances de yoga parmi les fleurs, aux repas partagés dans la cuisine. Les jardins nourrissaient, inspiraient, rassemblaient. Devenus une forme de prolongement de l’atelier, Wanda y passait des heures à dessiner les plantes, les identifier, imaginer des vases pour les accueillir et en répéter les motifs sur ses pièces de céramique. Ces jardins, qu’elle a soigneusement plantés et entretenus, demeurent vivants à travers les gestes de celleux qui continuent d’en prendre soin aujourd’hui.

ce jardin qui m’habite émerge de cette porosité entre espace intérieur et habitat partagé. Le long des sentiers, des œuvres évoquent les cycles du vivant, la décomposition et la renaissance. Certaines se concentrent sur ce qui grouille à la surface, sur les interactions souterraines et la régénération des sols ; d’autres prolongent le paysage jusque dans la rivière. Des œuvres de cabanes et de bassins révèlent les architectures du jardin. Elles tournent notre attention vers les oiseaux qui s’y pavanent et les grenouilles qui y coassent, vers les pierres qui s’y cachent et les secrets qu’elles recèlent.

Ici, le jardin est à la fois refuge et espace d’échange ; un petit bout de territoire qui échappe aux bordures, qui nous habite autant que nous l’habitons. Il s’inscrit dans la durée, traverse les corps et les saisons, s’étend jusque dans la maison. Il n’est pas pensé pour être maîtrisé, mais pour qu’on s’y attarde et qu’on y respire autrement.

À fleur de terre, le jardin se fait monde. Quelque chose s’y déploie : une invitation à ralentir, à prêter attention. À remarquer ce qui pousse, ce qui rampe, ce qui veille. À reconnaître que toute floraison est partagée et à imaginer d’autres formes de cohabitation.

Some gardens overflow. Gardens without fences or frames; unruly, sprawling, entangled. They become places of passage and rootedness, where the paths of plants, animals, stones, and humans intersect.

At the surface of the earth, the garden becomes a world in itself. Something unfurls there: an invitation to slow down, to pay attention. To notice what grows, what crawls, what watches over. To recognize that « all flourishing is mutual »,1 and to imagine new ways of existing together.


Images : Vues de l’exposition ce jardin qui m’habite, Centre d’art Rozynski, sentier au bord de la rivière / Exhibition views ce jardin qui m’habite, Rozynski Art Center, path by the river, 2025. Photos : Noémie Sylvestre

Design graphique de Dominique Rivard / Graphic design by Dominique Rivard